Mode, une histoire sans fin !

Voilà un sujet estival qui ravira les amoureux de l'Histoire et de la mode ! Audrey Millet, auteure de "Fabriquer le désir" publié aux Editions Belin visite la thématique de l'Antiquité à nos jours. Avec le postulat que "Le désir est le prélude de l'action humaine". Un ouvrage évoquant une "histoire sociale totale" à travers le phénomène de la mode qui existait  déjà dans l'Antiquité égyptienne. Une histoire de vêtements, de style, d'appartenance à certaines classes de la société mais aussi une aventure industrielle et commerciale...

"Dans les temps archaïques, explique Audrey Millet, c'est la Grèce qui nous a laissé le plus de traces de la mode de la période". Les philosophes ont d'ailleurs écrit à ce sujet.  Pas besoin de photo pour évoquer les vêtements portés à l'époque. C'est tout l'intérêt de l'ouvrage que de permettre au lecteur de visualiser, grâce à sa qualité d'écriture et de description, les  vêtements et  accessoires portés. Référons nous aux statues antiques pour imaginer le chiton, c'est à dire la tunique qui habillait les corps, les broches décoratives, en forme de dague qui les ornaient et les cheveux ramenés au sommet de la tête souvent dans un filet. Pensons aussi aux ceintures qui, entre 300 et 100 avant notre ère, furent portées sous les seins, une mode  qui a inspiré de la Renaissance au XXème siècle pour s'habiller "à l'antique". La mode de l'époque, c'est aussi la couleur. Une période pendant laquelle les colorants sont fabriqués à partir de plantes et de minéraux. On apprend ainsi que le violet, fabriqué à base de crustacés est très couru. Porter le vêtement, enfin,  nécessite un "savoir-faire technique et savant." Un vêtement "social, jugé, apprécié ou déprécié""une mise en beauté conditionnée par des conventions sociales" et le projet de séduire, susciter le désir.  La mode, c'est aussi l'apparition de nouvelles matières, les mélanges lin/soie, la fabrication, les échoppes et la commercialisation grâce aux comptoirs.  

Après avoir évoqué l'Antiquité romaine et la période du Moyen Age, Audrey Millet vous entraîne au coeur du XVIIème siècle qui "impose Paris comme capitale de la mode" et devient un "enjeu central de la politique" sous Louis XIV. Une façon de "promouvoir les industries nationales". "La Cour impose  son style: modes espagnoles, italiennes". Les dentelles de Calais  sont portées par le Roi,  les soieries lyonnaises sont promues... on crée des manufactures. Les chapeaux ont droit de cité avec plusieurs niveaux de hauteur, les sacs de soirée connaissent un essor tandis que les chaussures s'ornent de bijoux. Si la Révolution  française verra, un temps, l'apparition du bleu/blanc/rouge dans les vêtements, le XIXème siècle signera les débuts d'une production et distribution de masse grâce aux évolutions techniques de la révolution industrielle. L'apparition des grands magasins, souligne Audrey Millet "est considérée comme un marqueur des cultures de consommation modernes".

Subissant les crises successives, les guerres, on comprend à travers l'ouvrage d'Audrey Millet que "la mode épouse la société, ses conventions, impose ses styles". Mais comme Karl Lagerfeld l'affirmait, rappelle l'auteure,  "Il n'y a plus de mode, rien que des vêtements". Dans ce dernier chapitre, elle y évoque les grands noms et analyse les styles: Chanel, Balenciaga, Dior mais aussi Christian Lacroix, Jean-Paul Gaultier, John Galliano... De Paris à New York en passant par Londres, entre autres, l'auteur nous offre un "panorama mode planétaire" d'hier à aujourd'hui. Un ouvrage riche en recherches et références impossible à résumer qui nous montre combien, société, conventions, évolutions industrielles... sont reliées à  cet univers. A lire, pour le plaisir !

Docteur en histoire et en lettres, Audrey Millet a reçu la mention spéciale du 18ème Prix d'histoire François Bourdon "Techniques, entreprises et société industrielle". Elle est aussi chercheuse associée au CNRS.

Marie-Hélène Abrond

Publié le 11 août 2020.

 

 

 

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