C'est un premier roman au titre plein d'audace: "Pour que le jour de votre mort soit le plus beau de votre vie", publié chez Plon. A priori,  pas un roman d'été... où on pense plage, ni d'hiver, où le moral n'est pas toujours au beau fixe. Et pourtant... ce livre a tout pour faire un succès, tant il est singulier, grinçant, grave, décalé et plein d'humour. Son auteur? Lionel Abbo, journaliste, plus connu dans les milieux de production télévisée et du numérique.  Pour en savoir plus, nous l'avons rencontré. Interview.

Vous publiez votre premier roman.  Comment est née cette idée ?

Comme beaucoup de Français, j'écrivais depuis longtemps, des bouts d'histoires inachevées. Il y a quelques années, j'ai lu un article évoquant le business naissant de la mort avec les obsèques originales et décalées. Cela m'a inspiré et j'ai extrapolé sur ce thème en créant cette histoire.

Ce choix est singulier. Vous avez travaillé sur le sujet ? 

J'ignorais avoir une sensibilité  particulière sur cette thématique car personne, dans mon entourage n'est concerné par ces métiers. J'ai donc enquêté et découvert un univers  financièrement florissant, l'un des plus gros budgets pour une famille lorsque survient un décès.  Mais ce n'est pas tant un livre sur la mort que sur la vie... le propos étant qu'on ne profite pas assez des jours qui nous restent car on agit un peu comme si on était éternel. 

Dans l'histoire, votre personnage, Adolphe Goldstein a l'idée de construire son entreprise sur la création d'obsèques orignales et personnalisées. Cela existe t'il déjà ?

A chaque page, on se trouve entre fiction et réalité et on peut se demander si l'écrit correspond au réel. Une sorte de réalité parallèle. Mais il est vrai qu'au Ghana, par exemple, il est courant de créer des cercueils définissant la personnalité du défunt, comme une bouteille de Coca ou un ballon de football. Étonnant mais cela existe. Adolphe Golstein est un death planner, un métier qui pourrait aussi exister.

Adolphe Golstein est fiancé à Eva, une actrice, qui exerce un métier très éloigné du sien 

Cette femme est venimeuse. Elle réussit tout très vite. Cela donne un complexe à son compagnon qui tente de trouver sa voie. Sans elle, il serait resté à ne rien faire; elle lui donne cette ambition de reussite.  Son métier, plus qu'une vocation est, pour lui, une opportunité de réussite: l'idée de créer des obsèques originales.

Un autre personnage intervient dans l'histoire, Sheldon, jeune génie du numérique qui va transformer la carrière de son patron...

Sheldon apporte à Adolphe, une version dépoussiérée et moderne de la mort car il un regard très digital sur le sujet. Il incite Adolphe à développer des cimetières virtuels.  Il lui permet de récupérer la mémoire numérique des gens, les traces qu'on laisse sur les réseaux sociaux, les mots de passe qui deviennent accessibles à la famille. Il a un tas d'idées pour rendre vivante la mémoire des gens grâce au digital et au numérique. 

Il y a aussi les hologrammes...

Demain, ces technologies seront accessibles à tous et on pourra continuer à vivre avec la personne qui nous a quittée ou son hologramme qui, via la mémoire numérique emmagasinée, continuera à avoir des conversations avec ses proches. C'est totalement destabilisant et Sheldon est d'ailleurs déstabilisé. Ses rêves de numérique où tout semble possible s'assombrissent le jour où lui-même est confronté à la mort de son père.

Et vous évoquez aussi la simulation de la mort...

Oui, c'est mon chapitre préféré. On a tous un peu ce fantasme de se demander qui sera là, le jour de ses funérailles. Les gens qu'on imaginait ou d'autres ? C'est comme un moment de vérité. Le projet est de savoir pour qui on a vraiment compté. On aimerait tous le savoir de son vivant. Le meilleur moyen est donc de simuler. Un phénomène qui n'existe pas encore.

Vous parlez aussi de télévision...un sujet qui ne vous est pas étranger. Vous parlez de "mourir sur scène".

La télévision est le parfait miroir de la vie mais l'ultime tabou à la télé, c'est la mort. Il existe d'ailleurs des jeux qu'on nomme de "survie"... contrairement à l'Antiquité où, dans les jeux du cirque,  la mort était un spectacle. L'ultime tabou serait de transformer la mort en un divertissement télévisé. La question est de savoir si un jour cela se produira. Je ne le souhaite pas et j'espère que personne n'osera. Mais comment être sûr que la télé dont on prédit la mort face à internet ne le fasse, un jour, pas en France mais ailleurs, comme un ultime baroud d'honneur pour continuer à exister ?

Marie-Hélène Abrond

                                                                                                           Publié le 15 juillet 2019

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