Voilà le titre d'un ouvrage publié chez Odile Jacob qui intrigue : "Quand les profs aiment les élèves" ! Le sens de la phrase pose déjà question. Se pourrait-il que les profs "n'aiment" pas les élèves dans la relation d'apprentissage ?

Transmettre ne serait donc qu'une volonté froide d'apporter aux plus jeunes des informations sans autre intérêt que de remplir une tête de connaissances ?

L'ouvrage de Mael Virat, chercheur en psychologie et spécialiste des mécanismes d'apprentissages démonte les mécanismes d'un tabou tenace, preuves à l'appui.

"On n'est pas là pour s'aimer ou être aimé, mais pour travailler". Une affirmation qui choque, fréquente pourtant entre adultes. La chose est vraie mais pensons qu'il est plus facile de "s'aimer un peu" pour favoriser le relationnel, entre pairs, dans le milieu  du travail. Encore faut-il pouvoir s'accorder sur l'acception du terme "aimer".

Mael Virat a été prof dans différentes structures et s'est, d'emblée, posé la question de la relation enseignant/enseigné. Très vite, il a saisi l'influence de la qualité relationnelle dans l'apprentissage.

Opposer le professionnel à l'affect relève, selon Mael Virat du non-sens. Pour lui "la relation éducative est asymétrique en ce sens où l'adulte se montre sensible, disponible, se sent responsable du développement de l'enfant, lui fournit aide et soutien en particulier sur le plan émotionnel, tout en se préoccupant de la façon dont l'enfant reçoit ce soutien." 

Une forme d'amour, qu'il nomme compassionnel  (dans le sens du terme grec agapè et non dans un sens religieux) et qui favorise le développement des apprentissages. Il s'agit d'un amour altruiste, désintéressé, celui "qui peut être ressenti pour des proches ou pour de parfaits inconnus et n’implique ni réciprocité, ni exclusivité",  souligne l'auteur. En apportant la sécurité affective de l'enfant, l'autonomie et non la dépendance serait favorisée.

Soyons clairs. Au fond, il ne s'agit pas de nourrir de connaissances un élève pour le  rendre  dépendant du prof mais c'est bien au prof de lui permettre de se saisir des clefs qui lui permettront de s'envoler seul et de vivre en société.

Selon Mael Virat, "Établir des relations chaleureuses avec les profs se révèle bénéfique aussi bien à l’école, qu’en dehors." Des résultats observés à très long terme. "Le lien affectif avec un enseignant peut avoir des effets qui s’observent encore une dizaine d’années plus tard, notamment sur le niveau d’études atteint." 

Enfin, en soulignant que "L'enseignement est une affaire d'interactions humaines", Mael Virat approche la complexité du métier de professeur qui doit lier une multiplicité de compétences : des connaissances, une capacité de transmettre avec des techniques d'apprentissage et d'entrées variées pour une diversité de profils et de difficultés souvent complexes, une écoute permanente et bienveillante, un positionnement en lien avec la psychologie de chaque enfant, une ouverture d'esprit, un dialogue avec les parents et des capacités de "faire autorité" sans pour autant être autoritaire.

Un challenge quotidien et toujours renouvelé.

Marie-Hélène Abrond

 

En lien avec cet excellent ouvrage qui recèle de nombreuses informations en particulier statistiques de cette approche sur l'influence de l'apprentissage, lisez l'interview de Mael Virat  publiée sur le site du café pédagogique .

 

Ajouter un commentaire