Sacha Goldberger: "Une bonne photo ? C'est un voyage  ! "

Paris 8ème. 26 bis, rue François 1er au coeur du Triangle d'Or des Champs-Elysées. Adresse mythique de la station de radio Europe 1, partie depuis quelques mois dans le 15ème. Une façade en travaux. Plus que les échafaudages, c'est leur habillage qui attire l'oeil. Reproduction de peintures de personnages en costumes Renaissance ? Ou photographies originales ?   Sacha Goldberger est le magicien de ces oeuvres inédites. Nous l'avons rencontré.

Photographe, Sacha Goldberger est avant tout un artiste aux multiples facettes et au parcours pluridisciplinaire puisqu'il a été directeur artistique dans la publicité.  Sa passion pour la photo est liée à une histoire personnelle: "J'ai fait un livre, une déclaration d'amour à une jeune femme avec texte et photos réalisées, à l'époque, avec un appareil jetable. Le livre s'est vendu à 130 000 exemplaires. On m'en a demandé un second. A ce moment, j'ai voulu améliorer mon niveau photo.  Même si je dirigeais  des pros cela me paraissait inaccessible car je ne connaissais rien à la technique. Un ami m'a conseillé : j'ai acheté un Rolleiflex avec une cellule et des films. Après un troisième ouvrage en argentique, j'ai compris que c'était accessible mais  la technique nécessitait un apprentissage spécifique. J'ai décidé de me former aux Gobelins."

Le projet "Renaissance" de la rue François 1er n'est pas né du jour au lendemain. Au départ, Sacha Goldberger a répondu à une  demande de la SNCF, pour une série de portraits de 7 mètres de haut à la gare d'Austerlitz. "Ma crainte était d'imprimer des photos sombres sur des supports plastique, explique le photographe. Le résultat a été très réussi et cela m'a réconcilié avec ce genre de projets. Copie 01 0020 version04

Quelques mois plus tard, j'ai été appelé par la ville de Saint-Omer pour photographier des enfants de l'école habillés en Jésuites et de réaliser des portraits pour une exposition dans la chapelle qui devait être inaugurée."(photo ci-contre).

"Puis, la société  Terres Rouges m'a proposé de réfléchir à un projet dont le brief était: "Luxe et Renaissance". Mon idée a été de jouer avec le support. Une exposition "Renaissance" ne me semblait pas la meilleure idée pour habiller une bâche avec des travaux. J'ai pensé revisiter l'idée que j'avais développée dans ma série Louis CXIV et  d'habiller des artisans du chantier en costumes tout en réinventant les outils comme la bétonnière ou la truelle, en version Renaissance: par exemple, un manche en bois avec une lame rigide mais recouverte de velours. L'objet ne fonctionnera jamais mais il sera tellement esthétique et poétique qu'il apportera un plus. On a tout fabriqué." Sacha Goldberger l'avoue : "Je ne suis pas un photographe de la réalité car je ne sais pas faire. Mon objectif est d'embellir les choses, les transformer, de mélanger des choses improbables, réconcilier des univers incompatibles, de raconter une histoire, de croiser des univers, des époques, des personnalités, des âges différents."

 UN SHOOTING INEDIT ET HUMAIN

Renaissance 09 044Pour mener à bien son projet,  il a fallu convaincre les artisans du BTP d'être habillés en costumes et maquillés.  "Certains ne voulaient pas au départ  mais tous sont entrés dans le jeu comprenant le sens de la démarche avec une équipe formidable. Les gens avec lesquels je travaille sont des artisans au même titre que les ouvriers sont des artisans. Ce fut une expérience incroyable dans laquelle on m'a fait une grande confiance à tous les niveaux. Tout comme pour le shooting de "Cultura" que je viens de réaliser." 

Le photographe garde un souvenir fort du projet "Renaissance". "C'est à la fois touchant et intéressant de mettre en lumière des gens qu'on n'a justement pas l'habitude de voir. Tous sont des compagnons qui travaillent la pierre, le bois. C'était une jolie façon de les mettre en avant. Ils ont posé comme des professionnels et leur noms comme leurs fonctions sont indiqués.  

Une fois maquillés, coiffés et en costume, les  ouvriers ont été habités par leurs personnages. Je l'avais vécu avec les petits garçons de Saint-Omer. Des enfants d'aujourd'hui dont l'habit donne l'impression qu'ils viennent d'une autre époque. La transformation n'est pas que dans la coiffure, le maquillage mais dans l'attitude par le costume."

DES SUPER HEROS A MATTHIEU CHEDID

Passionné par les super héros Sacha Goldberger ? "Comme tous les enfants de ma générations, mais j'allais aussi voir des Rembrandt en Angleterre ou Amsterdam. Je lisais des comics, regardais Batman et les Marvel mais aussi des Hitchcock. J'ai été baigné dans des univers variés et des mélanges de cultures". Son inspiration, Sacha Goldberger la puise dans la littérature, le cinéma, la peinture. "Mes références, c'est entre autres, Hopper, la peinture flamande, Tarantino, les films années 50 à 70 et aussi Versailles. Un mélange  de design et d'architecture." 

15 07 13 super he ros flamands doublons 0734 07Mais pour mieux comprendre le parcours de Sacha Goldberger, impossible de ne pas évoquer "Mamika", la grand-mère de l'artiste. Un lien fort unit les deux générations et Mamika s'est trouvée au coeur des projets de son petit-fils. "Ma grand-mère est la genèse de mon travail. Au départ, j'ai fait des photos d'elle pour mon site pour présenter des bouquins  que j'avais déjà publiés et je voulais qu'elle mette en scène des tee-shirts et objets que j'avais créés. On est vite passé de la présentatrice de mon site à l'actrice. Elle s'est avérée très douée et nous avons fait des photos pendant presque 15 ans." Une tendre complicité unit les deux. Avec un regard sur la question de l'âge souvent liée à l'image: " J'ai été élevé avec un certain nombre de valeurs: respect des ainés, de l'âge et absence du rejet. Ma vision, à ce sujet, est liée au rapport que j'ai avec ma grand-mère: se parler, rire, inventer des histoires. On est loin des clichés d'il y a quelques années, même si l'image de la vieillesse a heureusement un peu évolué.  J'ai vécu pas mal en Afrique: j'ai vu les familles vivre ensemble quelle que soit la situation de l'enfant handicapé ou de l'ancien. "

Si Sacha Goldberger a l'art de mettre en scène des inconnus, il photographie aussi des célébrités. Avec une grande modestie, il avoue "J'ai eu beaucoup de chance récemment pour ma série Louis CXIV qu'on n'a pas encore vue de photographier Pierre Richard, Louise Bourgoin Vincent Perez, Aurélie Dupont. Et pour Cultura un shooting photo avec Matthieu Chedid en Charlie ChaplinMon rêve est de photographier Jean-Paul Belmondo. Et pourquoi pas des personnalités politiques ?" 

Pour le photographe qui travaille, entouré d'une équipe de 30 à 130 personnes, comme dans une production cinéma (un univers auquel il songe!), quelle définition pour une bonne photo, en trois mots ? "C'est un voyage !"

Marie-Hélène Abrond

Photos: Sacha Goldberger

Publié le 18 janvier 2021.

Retrouvez Sacha Goldberger sur son site mais aussi sur  28 Vignon Street qui mettra bientôt en vente une série de photographies de l'artiste  770: Lubavitchs of Brooklyn . "Une série noir et blanc, explique le photographe sur des rabbins de Brooklyn. Elle parle de façon poétique, décalée et amusante du judaïsme et montre en particulier cette capacité d'autodérision  que l'on peut trouver dans l'humour ashkhénaze avec lequel j'ai vécu toute ma vie".

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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